Wildnis Trail – Au cœur du Parc Naturel de l’Eifel

Il y a une dizaine de jours, j’ai reçu un magazine qui parlait d’un joli parcours de 85 km au cœur du Parc Naturel de l’Eifel : le « Wildnis Trail », dans l’ouest de l’Allemagne. Je me suis lancé le 2 avril et j’ai divisé le trajet en trois étapes de difficulté modérée.

Avec 86 km de route pour rejoindre Höfen, le point de départ de la randonnée, on peut dire que je partais presque me balader dans mon jardin. Pourtant, dès mon arrivée à la porte de l’Eifel, le dépaysement est total. Ici, on ne parle que l’allemand et la « Plat Deutsch », le dialecte local. Le Parc National a connu un long passé militaire, il a été créé dans les limites d’un ancien domaine qui servait à l’entraînement de la Wehrmacht, l’armée de terre allemande. Depuis, la nature a repris tous ses droits sur le paysage et la météo, même si l’on croise parfois des panneaux d’avertissements du style : « Au-delà de cette barrière, danger de mort. Présence de munitions non démilitarisée« . Prudence donc, le « hors-piste » est risqué.

Première étape : Höfen – Einruhr

La première étape est assez facile. Au départ, je me suis un peu arraché les cheveux. Après avoir déposé ma voiture dans le parking réservé aux marcheurs, je suis passé par le bureau d’information touristique pour me procurer la carte topographique du parcours. Puis j’ai voulu démarrer sous le portique orné d’une magnifique tête de chat stylisé qui marque le début de la randonnée et là… pas de marquage. En fait, celui-ci démarre à la sortie du parking et est ensuite très présent. Il y a peu de risque de se perdre.

Dès le début, on emprunte de nombreux petits chemins qui se promènent au milieu d’une nature qui se renouvelle sans cesse. Sentiers longeant des prairies, petite trace à peine marquée qui monte dans les bois, pistes coupe-feu et chemins d’accès pour les pompiers et les bûcherons. Il y a 25 km à effacer et jamais l’on ne se lasse de cette promenade qui monte et descend au rythme des collines creusées par le lit de la rivière qui est omniprésente. Ici et là, des affûts de chasseurs montrent que la région est pleine de surprise. De temps à autre, si l’on est attentif, on croise les empreintes d’un sanglier ou des traces de la digestion d’une biche ou d’une chèvre. Le chant des oiseaux est omniprésent. Un petit avertissement pour les personnes allergiques, à côté des épineux, il y a beaucoup de bouleaux. Ici, je reconnais que le sentier porte bien son nom de « Trail Sauvage ». Seule l’arrivée à Einruhr est un peu décevante, car elle longe, sur un petit kilomètre, une route assez fréquentée par une circulation automobile pas très compatible avec les aspirations du marcheur que je suis.

Deuxième étape : Einruhr – Wolfgarten

Petite obligation administrative oblige, avant de quitter Einruhr, je passe par le point info du Parc National afin de réserver la navette qui me ramènera de Heimbach à Höffen demain soir. Sans réservation au minimum 24h à l’avance, pas de navette. Cela m’oblige à me mettre en route vers 9h du matin. Un peu tard quand je sais que j’ai plus de 31 km à parcourir. En fait, le Wildnis Trail a été découpé en quatre étapes par les autorités touristiques qui proposent un package complet avec parking (24 €), carte topographique (10 €), 3 nuits en hébergements partenaires (35 à 60 € la nuit) et la navette de retour (13 €) pour 199 € (infos sur www.nationalpark-eifel.de).  Comme je n’en fais qu’à ma tête, je saucissonne le tout en trois jours.

Bon, revenons-en au trajet ! Le départ se fait au pied de l’église du village, à quelques mètres seulement de la porte de mon hôtel et de celle du point info. D’emblée on monte vers le point le plus haut la randonnée à plus de 500 m. On s’enfonce dans une forêt plus dense pour suivre le cours de la rivière sur plusieurs kilomètres. La pluie est de la partie. Il manque (ou je rate) quelques points de repères « Wildnis Trail », mais on s’en tire en suivant le marquage de l’Eifel Steig. Au loin, j’aperçois une petite ville et je me dis que je pourrais me réchauffer en y dégustant un café bien chaud. Mais la loi de la route me rattrape et me contrarie, le sentier me fait vite tourner le dos à cet hypothétique café tout en suivant toujours le cours d’eau. Au bout d’une nouvelle grimpe, me voilà au-dessus du barrage de l’Urftstaumauer, le barrage sur l’Urft. Voici le retour des marquages à la tête de chat. Rien n’est perdu, je suis sur la bonne route. Il ne pleut plus, mais le ciel reste gris… Je dépasse un couple de marcheurs pour qui le chemin semble bien romantique. Ils se promènent main dans la main. Une petite descente le long d’un magnifique petit sentier, étroit et sauvage (ici il faut être attentif, la partie est rendue glissante par les pluies du matin), avant de reprendre de la hauteur jusqu’au site de Wollseifen.

C’est un ancien village où l’histoire a laissé ses griffes, n’abandonnant à nos regards que l’ancienne école et son exposition permanente qui racontent comment les hommes ont habités puis ont été forcés d’abandonner les lieux. Près de l’ancienne église, les bâtiments d’entraînement de l’armée, aux portes et fenêtres murées, nous laissent deviner le passé militaire de ce plateau retiré.

L'arrivée à Wolseiffen

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Plus loin, le chemin débouche sur Vogelsand IP, un ancien centre d’entraînement de la Seconde Guerre mondiale. Je compte revenir visiter ce lieu dont une aile renferme le musée de la Croix-Rouge allemande. (Ce sera l’objet d’un nouvel article). Pour arriver ici, le tracé se fait plus technique. Une bonne condition physique et de bonnes chaussures sont indispensables. Mais là aussi, la difficulté est gérable, il suffit de faire attention.

Direction Gemünd, d’où j’ai encore un peu de route, en montée, pour rejoindre Wolfgarten et le B&B où je passerai la nuit. Après un peu plus de 8 bonnes heures de marche, entrecoupées de plusieurs pauses (15 à 20 minutes) où je me suis accoré le luxe de me préparer du café et du thé sur mon réchaud, j’arrive à destination. L’étape fut sportive et fatigante sans être insurmontable. Je rappelle que le découpage initial m’aurait fait dormir à Gemünd.

Troisième et dernière étape : Wolfgarten – Zerkall

Et me voilà au début de la dernière étape du voyage. Je pars de bon matin. D’abord, il faut rejoindre Heimbach. Une bonne mise en jambe dès le petit matin. La route est magnifique, mais elle se gagne au prix d’un peu d’effort.

Aujourd’hui, il n’y a pas de place à l’improvisation. Le retour à la maison est déjà bien présent dans mon esprit. Il faut impérativement rejoindre Zerkall avant 15 h 30 car le dernier train de la journée qui peut me ramener à Heimbach part à 15h51. Ensuite, c’est un trajet routier à bord de la navette quotidienne (départ 16h45) qui me ramènera à Höfen, près de ma voiture. Le moindre retard est inacceptable. Après tout, on est en Allemagne, l’un des pays où la ponctualité est reine de la bienséance.

Mais revenons au parcours. L’arrivée en descente à Heimbach est salvatrice. Un petit quart d’heure pour prendre un café et toutes les infos à l’office du tourisme de la ville et me voilà reparti sur les sentes de l’Eiffel. Après une longue côte en pente douce, heureusement, sur un chemin de bucherons, où la voiture d’un garde forestier me dépasse, et une assez longue descente, me voilà près de Schmidt, à quelques kilomètres de la fin… Une fin de parcours qui n’en finit pas de se terminer. Ici, il reste deux kilomètres, un peu plus loin, le panneau affiche trois kilomètres. Je longe les fils barbelés qui délimitent une prairie où paissent des moutons, je dépasse un petit chemin qui mène à la voie de chemin de fer me voilà devant le totem à la tête de chat qui marque la fin définitive du Wildnis Trail. Encore deux cents mètres et j’arrive enfin à la gare.

Il est 14h45, et le train pour Heimbach arrive dans les cinq minutes. Le retour à la civilisation s’opère au milieu d’écoliers et d’employés qui rentrent chez eux. En attendant la navette, j’ai même le temps de prendre un nouveau café dans cette petite ville, à quelques pas du point de rendez-vous. Il reste 45 minutes de trajet en minibus avec un chauffeur taciturne. Ce sont les minutes les plus longues de mes trois jours dans l’Eifel.

Le parcours et les difficultés

Le périple est technique à certains endroits. Sans être insurmontables, les difficultés apparaissent là où on ne les attend pas. En avril, j’ai croisé peu de monde, mais dès le mois de mai, on m’a assuré que les choses changeaient et que l’on pouvait rencontrer de nombreux marcheurs, tanst sur le Wildnis Trail que sur les autres chemins balisés. Sur le parcours, on rencontre de nombreux bouleaux, comme c’est une essence problématique pour les personnes qui souffrent d’allergies, il est important de le signaler. À chaque étape, le point info du Parc National de l’Eiffel peut tamponner votre carnet de route afin de valider chaque étape. Au terme du périple, un certificat peut être délivré sur demande. 

 

 

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