Ais-je vieilli entre 15 ans et 51 ans ?

Ça y est, je viens de passer un cap. Hier j’avais 15 ans et je partais sac au dos sur les chemins de l’Europe avec les scouts. Aujourd’hui, j’inverse les chiffres et j’affiche 51 balais au compteur. Ce qui n’a pas changé grand-chose. Je me balade toujours sac au dos.
 
À 15 ans, je n’imaginais même pas qu’un jour je pourrais avoir 50 ans. Pourtant, c’est arrivé. J’avoue que pour trouver la force de souffler les 51 bougies de ce foutu gâteau d’anniversaire, il a fallu que je brûle un cierge ! 
 
Blague dans le coin, lorsque pour la première fois j’ai pris mon sac à dos pour partir seul, j’avais à peine 17 ans. Je voulais effacer le fameux « Paris-Istanbul » de ma liste de Routard en herbe. C’est là que j’ai choppé cette satanée bougeotte… Mais bon, je n’envisage toujours pas de me soigner ! Même si le monde dans lequel je voyage a changé, j’essaye de m’adapter. 
 
En 36 ans, notre façon de bouger a été bien chamboulée. J’avais envie de partager ces choses qui ont changé ou évolué sans qu’on s’en aperçoive vraiment. 
 
1) Quand, pour la première fois, j’ai pris la route pour aller à Istanbul, il y avait plus de 25 kilos dans mon sac. Imaginez que j’avais en permanence des raviolis en conserve, de l’eau et mon réchaud. Aujourd’hui, quand j’ai douze kilos sur le dos, je trouve que c’est beaucoup.
 
2) À Brighton, fin des années 1980, j’ai rencontré Emmanuelle, une fille de Rouen. Elle m’a mis en tête de faire décorer chaque pièce de ma future maison par un ou une pote de voyage différent. L’idée était d’avoir plein de petits coins du monde dans mon intérieur. Je n’ai toujours pas acheté de maison…
 
3) Avec l’Angleterre et l’Irlande comme premières destinations de longue durée, my English is much better. En chemin, j’ai aussi appris des rudiments de néerlandais, d’allemand, de polonais, d’espagnol et de finnois. Chaque fois que je pose le pied dans un nouveau pays, j’essaie de connaître quelques mots pour briser la glace avec les autochtones.
 
4) Quand je rencontre des jeunes de 15-20 ans sur la route, j’ai l’impression d’avoir le même âge qu’eux, la même curiosité, les mêmes délires (avec un brin de maturité peut-être). Eux ? Ils me voient comme un adulte responsable et ils me vouvoient. Lol quoi ! Ah ! S’ils savaient ce que je rêve encore de faire, mais c’est fini les folies, je n’ai plus l’excuse de la jeunesse. 
 
5) Le chef de gare se fait rare dans le paysage ferroviaire, on lui préfère des animaux dociles nommés « guichet automatique », parfois très capricieux, surtout quand on est pressé. Il y a aussi « panneau d’affichage », une espèce très sauvage qui n’en fait qu’à sa tête. C’est vrai qu’ils sont moins souvent à la buvette. Mais y’a plus de buvettes dans les gares non plus.
6) Avant, on prenait son café dans une vraie tasse, assis à une vraie table. On pouvait aussi le prendre au zinc d’un troquet et taper la discute avec les habitués pour quelques francs. Aujourd’hui, c’est tout seul et en marchant qu’on boit un breuvage trop chaud, servi dans un gobelet en carton et qu’on paie au prix de l’or. 
 
7) Ben oui, la musique était meilleure dans les années 80 ! La preuve ? On l’écoute encore. Les jeunes d’aujourd’hui, ceux qui me trouvent trop vieux, écoutent un truc insipide qui n’a ni queue ni tête. On dirait que Kenji a mal au ventre et que les rappeurs à la mode sont tous mourants. 
 
8) Avant l’an 2000, on n’avait pas de portables. Pour téléphoner, il fallait des pièces pour faire fonctionner les cabines téléphoniques. Puis les opérateurs ont inventé les cartes de téléphone, parce que les monnayeurs des cabines étaient vandalisés. Le plus drôle, c’est que des gens ont commencé à collectionner ces cartes. J’en ai vendu d’Espagne et d’Angleterre plus cher que leur valeur en crédit téléphonique. Essaie de faire ça avec ta carte SIM, tiens !
9) On n’avait pas Internet en libre-service. Il fallait payer bien cher le quart d’heure de connexion dans des cybercafés pour envoyer des nouvelles à la famille ou prendre de rares infos sur le Net.
 
10) Avant je faisais n’importe quoi pour économiser 100 francs par jour. J’ai dormi dans des gares à Londres, Paris et Berlin, sous un sapin au milieu d’un rond-point dans le sud de la France, en forêt à Courmayeur… j’ai fait des kilomètres pour dégoter l’hôtel le moins cher… Aujourd’hui, je fais un compromis entre confort et budget, il faut savoir se faire plaisir, non !?
 
11) Je n’ai jamais été friand des grands groupes, ni vraiment allergique à la foule non plus. Mais quand je suis seul sur une plage ou dans un lieu plutôt calme, je kiffe ! 
 
12) Maintenant, il me faut environ une semaine pour me remettre d’une nuit blanche.
 
13) Après avoir vu l’Europe en train et en avion, je privilégie le moyen de transport le moins polluant. Sur de très longues distances, l’avion est imbattable. Le train et le bus se concurrencent à partir de 300 kilomètres, mais le train est toujours plus cher.
 
14) Avec le temps, je suis devenu moins casse-cou. À 15 ans je montais sur les toits pour mieux voir de là-haut. Maintenant, je mets un casque pour faire du vélo. 
15) Je bois toujours très peu d’alcool, mais ce que je préfère, ce sont les whiskies pur malt qui ont mon âge et quelques bières irlandaises.
 
16) À 15 ans, j’ai fait 17 pays en 27 jours avec un billet Inter Rail ! En 2018, il m’a fallu 28 jours pour me balader à pied sur un peu plus de 1.050 kilomètres. Le voyage lent, j’aime et je le conseille à tous. On voit plus et on rencontre mieux…
 
17) … Et mon plus gros choc ? C’est quand on a refait le trajet que j’avais mis trois semaines à parcourir pied, en à peine neuf heures à bord d’un autobus de ligne. C’est dur !
 
18) L’émotion m’arrache parfois une petite larme. L’expérience de la vie me laisse entrevoir le bon côté de chacun. Comme le monde est vraiment plus moche qu’avant, quand quelque chose de bien se passe devant moi, je suis plus facilement ému…
 
19) … Et donc, j’entre plus facilement en contact avec les autres. Voyager est devenu un espace de rencontres avec les gens du monde assorti de nombreuses occasions de voir de nouvelles choses. Et pas le contraire ! 
 
20) Mes hôtels, c’est au feeling. Qu’il s’agisse d’un B & B, d’un dortoir ou d’un hôtel de luxe, je m’adapte à condition de pouvoir prendre une douche et d’être assuré de dormir 6 à 8 heures.
 
21) J’aimais bien envoyer des cartes postales, je prenais le temps de personnaliser chaque message. À l’heure actuelle, j’envoie des SMS. C’est aussi court, ça va plus vite, mais il n’y a plus, pour celui qui reçoit la carte, cette petite joie fugace d’un courrier reçu.
 
22) Je tuerais pour avoir du réseau ou une connexion Wi-Fi à haut débit. Il y a encore dix ans de ça, je m’en cognais royalement.
 
23) Quand j’étais plus jeune, je m’habillais n’importe comment du moment que ça passait pour faire de l’Auto-Stop. Maintenant, je recherche avant tout une tenue confortable et pratique que je peux porter plusieurs jours (en la lavant de temps en temps, bien sûr).
24) Les « Attached Bathroom » ont été un gros argument de vente dans les hôtels bon marché jusqu’à l’avènement des hôtels Formule1 et de l’Internet haut débit. Maintenant, on s’en fout de sortir de la chambre en plein milieu de la nuit pour aller faire pipi… L’important c’est le Wi-Fi !
 
25) J’essaie de ne plus porter de jugement hâtif sur les personnes, les situations, les choses… En vieillissant, je me suis rendu compte que ce qui peut paraître évident au premier regard n’est pas toujours ce à quoi on a réellement affaire. Il faut prendre du recul pour se faire une idée juste.
 
26) Je suis plus vite fatigué, et il me faut plus longtemps pour me retaper. Dormir en bus ou en train est une bonne solution pour gagner du temps, mais, à mon âge, ça ne vaut plus une bonne nuit dans un vrai lit.
 
27) Avec le temps, j’ai vu que j’avais de la chance de pouvoir voyager à ma guise, enfin en fonction du boulot surtout. Alors par respect pour ceux qui ne peuvent pas bouger de chez eux, j’essaie de profiter un maximum de mon avantage d’Européen nanti.
 
28) Ma carte du monde se remplit de destinations rares et de souvenirs cocasses. Si je devais repasser mes examens d’histoire et de géo, je serais sans doute bien au-dessus de la moyenne.
29) Je l’ai déjà dit, je n’aime pas la foule. Alors comme j’ai déjà vu pas mal de ces monuments vantés dans les guides de voyages, je vais vers des lieux moins célèbres. C’est marrant ! Ils demandent un peu d’effort, mais ils sont toujours beaucoup plus beaux !
 
30) J’essaie de voyager utile. Il m’est arrivé de donner un coup de main dans le sud de la France contre un hébergement, de travailler en Pologne, de faire parrainer mon voyage pour distribuer le fruit de cette récolte à des associations caritatives. Voyager utile quoi !
 
31) Avec le temps et l’expérience, je me fais moins avoir. Je me souviens d’une amende dans un train polonais parce que je n’étais pas à la place dévolue alors qu’il n’y avait pas de numéro de place sur le ticket. Le contrôleur a tout bonnement empoché les quelques euros payés.
 
32) Si je prends des photos de ce que je bois, de ce que je mange… c’est pour montrer à celle que j’aime que je fais attention à mon alimentation. Ces photos n’alimentent bien sûr aucun blog et encore moins mon compte Instagram ni ma page Facebook.
 
33) J’ai visité une trentaine de pays, ou je les ai traversés… J’ai rencontré des centaines de gens, je me suis fabriqué des tonnes de souvenirs. J’ai noirci pas mal de pages dans mes carnets de voyage, mais je n’en ai pas encore assez. 
 
34) Je rédige des textes pour faire partager ma passion du voyage et des rencontres. L’Internet permet ça. Avant, mon audience aurait été bien plus restreinte. Sur mon blog j’essaie de vous donner l’envie de partir et vous expliquer comment ne pas faire les mêmes erreurs de débutants que celles que j’ai commises. Prendre la plume doit rester un plaisir. (Hé les jeunes, rassurez-vous, je tape sur le clavier d’un portable).
 
35) À 15 ans, je parlais de mes voyages. À 25 ans, j’ai commencé à écrire. À 35 ans j’ai repris mon job de journaliste en freelance suite à la faillite de la SABENA. En 2016, j’ai pris un nouveau job, mais j’écris toujours, ici sur ce blog. Pour vous, mais avant tout pour moi, par besoin de partage et envie de continuer à rêver. 
 
36) Au fond de moi, je ne trouve pas de réelle différence entre mes 15 ans et mon âge vénérable de 51 printemps. Ma passion du voyage est toujours aussi vivante. En 36 ans (d’où les 36 points de cet article) j’ai travaillé dans différents domaines, tous m’ont apporté des souffrances et des satisfactions. Je rencontre les mêmes peines et les mêmes joies lors de chaque voyage. J’ai aussi appris qu’à pied, on voit plus de choses, on s’arrête parfois sur un détail qui prend alors toute son importantce. Vivre doucement, c’est retrouver notre raison d’être humain. C’est pouvoir rencontrer, échanger, partager et surtout apprendre. Alors si le monde a changé, moi j’ai toujours les mêmes envies, les mêmes errances… En 36 ans, j’ai mûri mon projet, mais tout comme je n’ai pas changé, je n’ai fait que l’adapter aux temps que nous vivons. 

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